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Le profil militaro-policier dans le milieu de la sûreté sécurité

Profil militaro-policier dans la sûreté sécurité

Le profil militaro-policier dans la sûreté sécurité

J’espère ne pas me faire d’ennemis dans une profession encore largement dominée par des ex-militaires ou ex-policiers en reconversion. Notamment dans les strates élevées de responsabilités.

Je tiens à préciser que cet article cherche davantage à débroussailler plus qu’à affirmer. En aucun cas il n’est question de mettre en avant un profil plutôt qu’un autre (ex-militaire versus salarié civil). Les propos qui suivent restent du domaine général, et ne peuvent traduire toute la diversité des situations.

Je renvois le lecteur vers ce très intéressant article de fond de Frédéric Ocqueteau sur cette thématique. L’article est intitulé : Chefs d’orchestre de la sûreté des entreprises à l’ère de la sécurité global. A lire ici

Le contexte

C’est un fait indéniable. Le milieu de la sûreté sécurité est très largement occupé par des militaro-policier(s), surtout des hommes, en provenance des mondes de l’armée, de la gendarmerie et de la police.

On les retrouve :

  • Quasiment à tous les niveaux de responsabilités, généralement et légitimement proportionnelles à celles de leur niveau militaire ou policier quitté
  • A peu près dans toutes les strates de l’organisation (directions opérationnelles et fonctionnelles, directions stratégiques)
  • A peu près également dans tous les types d’entreprises (plutôt moyennes et grandes, voire très grandes, rarement des PME)
  • Et sur des fonctions assez diverses (conseil, management, exploitation, etc. …).

On les retrouve aussi sur des postes de consultant, la plupart du temps comme premier poste immédiat après reconversion.

Enfin, de manière quasi-systématique, ils ont suivi un ou plusieurs cursus universitaires ou professionnels, à la fois techniques et organisationnels. Ils peuvent ainsi répondre à peu près à tous types de besoins des organisations recruteuses.

Un recrutement souvent privilégié

Lorsqu’un décideur s’interroge sur les compétences d’un futur collaborateur dans le cadre d’un recrutement:

  • Que cela soit pour des besoins généraux et stratégiques de mise en œuvre d’une politique interne de sûreté
  • De renforcement de la filière sûreté
  • Ou pour des besoins spécifiques de recrutement d’un responsable de la sûreté sécurité,

il peut légitimement rencontrer quelques hésitations. En effet, doit-il se tourner vers un profil interne, à qui serait dispensée une formation ad hoc, ou se tourner vers l‘externe. Et dans ce cas, avec quel profil ?

  • Un jeune diplômé formé aux grands principes de la malveillance et des techniques organisationnelles de défense. Sans expérience notable du terrain ?
  • Un profil intermédiaire doté conjointement d’une expérience significative de l’entreprise et du monde de la malveillance. Avec peut-être des exigences salariales elles aussi significatives ?
  • Ou un ex-militaire rompu au monde de la criminalité/malveillance, formé et discipliné ?

La réponse est souvent très rapidement trouvée. Un sentiment de confiance hérité du passé manifesté pour le monde militaro-policier, une pratique devenue récurrente par la majorité des concurrents, l’assurance de rapports naturellement proches du futur salarié avec les membres des forces de sûreté et de sécurité de notre pays, un amour inaltérable de la droiture et de la discipline, privilégié à l’appétit immodéré du profit, tous ces arguments auront raison des dernières interrogations du recruteur.

Mais de moins en moins systématique

Pourtant beaucoup d’entreprises ayant fait ce choix découvrent après bien des années qu’un militaire, même s’il apporte entière satisfaction, reste et restera militaire toute sa vie. Quand on a été militaire, la vie civile peut paraître bien fade, à tel point qu’inconsciemment on peut être amené à reproduire de temps en temps le contexte militaire.

Et à trop imposer un modèle militaire dans l’approche de la sûreté sécurité, dans un monde où le code du travail et la protection des salariés est abondamment relayée par les syndicats, il arrive que le courant ne passe plus très bien entre les civils et les ex militaires/policiers. Ou entre les dirigeants et leurs collaborateurs experts. Des conflits liés à l’incompréhension peuvent parfois éclater entre collatéraux. Et lorsqu’une filière sûreté est principalement recrutée dans le monde militaro-policier, un esprit communautariste peut naître et créer des tensions avec le reste des salariés.

Le monde de l’entreprise est un monde complexe. Parfois bien davantage que le monde militaire avec ses codes bien définis et ses postures imposées mais acceptées. Pour un ancien militaire ou un ancien policier il est parfois contraignant de se plier aux lenteurs administratives et indécisions des décideurs. Pour beaucoup d’entre eux encore, l’action prime sur bien d’autres considérations.

C’est ainsi que devant des attitudes parfois exagérées, en décalage avec la réalité des problématiques de sûreté, les recruteurs peuvent avoir le sentiment de s’être trompés.

La vérité est plus pragmatique

Le recrutement de collaborateurs issus du monde militaire ou policier prend tout son sens lorsque les problématiques de sûreté demandent des connaissances pointues, issues de ce monde. C’est le cas par exemple pour les grandes entreprises qui expatrient certains de leurs salariés, et pour lesquels il convient de bien connaître l’état de sécurité des pays destinataires. C’est le cas aussi pour les grands groupes qui veulent associer à l’image de leur filière sûreté sécurité le nom de collaborateurs prestigieux, issus du monde militaro-policier, au même titre d’ailleurs qu’on recrute aisément des grands noms issus du monde politique.

En conclusion

Lorsque le poste ne requiert pas de telles compétences ou de prestigieux profils, quand la taille de l’entreprise ou sa spécificité n’impose pas de compétences dites militaires, pour moi, le profil idéal d’un professionnel de la sûreté sécurité pourrait conjuguer les qualités intrinsèques d’un ex militaire/policier, que sont, entre autres, rigueur, perception affûtée de la malveillance et sens de l’organisation, à celles de l’expert des risques qui aborde la sûreté par la méthodologie systématique d’analyse, à celles du manager rompu à la mise en œuvre d’organisations et de processus, et à celles, enfin, du technicien maîtrisant les dernières évolutions de la technologie des solutions de sûreté sécurité.